16 décembre 2019

L’art de la mise en scène dans le roman Des bleus à l’âme de Françoise Sagan


Les jours passent, l’année 2019 tire à sa fin, mais quoi qu’il en soit, je trouve toujours du temps pour lire. Et je trouve toujours du temps pour lire Françoise Sagan. Jusqu’à présent, j’ai lu de Sagan : Un certain sourire; Dans un mois, dans un an; Aimez-vous Brahms?; Le garde du cœur, Avec mon meilleur souvenir, Les quatre coins du cœur, et tout dernièrement, Des bleus à l’âme. Je crois que c’est à peu près tout.

Tout d’abord, il faut savoir que Des bleus à l’âme, roman publié en 1972 aux éditions Flammarion, fait écho à Château en Suède. Publiée et jouée en 1960, Château en Suède est la toute première pièce de théâtre de Françoise Sagan. Château en Suède a également fait l’objet d’adaptations cinématographiques. Pour ma part, j’ai tout particulièrement aimé le téléfilm Château en Suède (2008), réalisé par Josée Dayan. J’ai fait la découverte de ce film il y a quelque temps déjà, sans même savoir qu’il s’agissait de l’adaptation d’une pièce de Françoise Sagan. La distribution du téléfilm Château en Suède est vraiment superbe, avec une certaine Jeanne Moreau dans le rôle de la matriarche, Agathe Falsen. Guillaume Depardieu était réellement destiné à jouer le personnage de Sébastien Van Milhem tellement il brille dans ce rôle qui lui va comme un gant. On retrouve en l’actrice Géraldine Pailhas une Éléonore parfaite et bourgeoise à souhait, mis à part un petit problème, si ce n’est que Sébastien et Éléonore sont décrits par Sagan comme étant des personnages aux cheveux blonds. Or, la belle Géraldine Pailhas, dans la vie comme dans le téléfilm, est brune. Il s’agit là de son seul défaut.

Fait extraordinaire que je devais absolument rapporter : le tournage du téléfilm Château en Suède s’est déroulé ici même à Montréal, à la maison Mary Dorothy-Molson, aussi connue sous le nom de manoir MacDougall, au 9095, boulevard Gouin Ouest. J’aimerais beaucoup m’y rendre, ne serait-ce que pour prendre une photo de l’extérieur du bâtiment. La maison Mary Dorothy-Molson est un sublime manoir qui appartient à la ville de Montréal. Malheureusement, l’endroit ne semble pas être ouvert au grand public. La maison Mary Dorothy-Molson est utilisée que pour des tournages. J’aurais bien aimé payer une visite à la maison Mary Dorothy-Molson, mais seulement pour m’y rendre, j’aurais un trajet de certainement 2 h à faire en transport en commun pour l’aller, et un autre bon 2 h pour y revenir. Surtout avec le froid de l’hiver du moment, l’idée ne m’enchante guère, malgré le fait que c’est en hiver que Château en Suède y fut tourné. Une visite lors des beaux mois d’été serait sans doute plus agréable, surtout sachant que le manoir MacDougall fait partie intégrante du parc-nature du Bois-de-Saraguay.

Le choix de la maison Mary Dorothy-Molson était parfait comme lieu décor de film. Il s’agit d’une maison de villégiature de style néo-géorgien située dans un quartier proprement bourgeois. Située sur la rive de la rivière des Prairies, le territoire qui était alors connu sous le nom de village de Saraguay était prisé au XIXe siècle par l’élite économique de la société montréalaise, dont la grande majorité était essentiellement anglophone. Les terres riveraines de la rivière des Prairies offraient de grands espaces, et ce, à proximité du centre urbain de Montréal, ce qui en faisait un site exceptionnel pour l’établissement de résidences secondaires. De nos jours, onze demeures bourgeoises, dont la maison Mary Dorothy Molson, témoignent de cet âge d’or. Construit vers 1930, le manoir MacDougall est composé de 60 pièces, dont 14 chambres à coucher et 6 salles de bain. Avant de devenir propriété de la ville de Montréal, le manoir a été habité par des membres de la famille Molson-MacDougall de 1930 à 1974. Ce lieu de tournage d’exception en sol montréalais donna l’opportunité à une belle brochette d’acteurs québécois de prendre part à l’aventure du Château en Suède. 

Normand D’Amour est absolument parfait dans le rôle d’Hugo Falsen. Sébastien Huberdeau interprète le rôle d’Olivier, et Antoine Bertrand, Gunther. Tous les acteurs québécois ont bien réussi leur transition dans le cinéma français. On n’y voit que du feu. Normand D’Amour, Sébastien Huberdeau et Antoine Bertrand ont réussi à relever le défi : leur « français de France » est parfait, une mention spéciale devant être faite à la belle performance de Normand D’Amour. Jouant un des rôles principaux, D’Amour avait un bon nombre de répliques. Il a joué brillamment. À un point tel qu’on pourrait s’y méprendre et le considérer comme étant comme un acteur français. Ce mélange d’artistes français et québécois a su apporter une distinction et des couleurs à cette pièce, qui est très certainement devenue très vite un grand classique de Françoise Sagan. Car qui ne raffole pas des Van Milhem ne peut aimer Sagan.

Dans les Des bleus à l’âme, Sagan s’amuse à faire de petites apparitions surprises pour nous surprendre, nous, lecteurs. Ce charmant roman, Françoise Sagan le dédit à Charlotte Aillaud, sœur de Juliette Gréco, que Sagan rencontra peu de temps suivant ses débuts littéraires. Dès les premières pages Des bleus à l’âme, Sagan nous fixe dans le temps, mars 71, et dans un espace, un Paris qui n’est plus que l’ombre d’elle-même : 

« J’aurai aimé écrire : “Sébastien montait les marches quatre à quatre, en sifflant et en soufflant un peu.” Cela m’aurait amusée de reprendre maintenant les personnages d’il y a dix ans : Sébastien et sa sœur Éléonore, personnages de théâtre, bien sûr, mais d’un théâtre gai, le mien, et de les monter fauchés, toujours gais, cyniques et pudiques, essayant en vain de se “refaire” à la Maurice Sachs, dans un Paris désolé de sa propre médiocrité. » (Françoise Sagan, Des bleus à l’âme, Éditions Stock, 2009, p. 11).

J’ai aimé la lecture Des bleus à l’âme. Il est encore trop tôt pour dire quelle œuvre de Françoise Sagan je préfère, mais jusqu’à présent, ma préférence pointe en direction Des bleus à l’âme. Lorsque je termine un roman de Sagan, je peine toujours à me remémorer l’action de ses romans. C’est que tout son charme réside en la beauté de son écriture. En ce sens, ses premiers romans, dont Un certain sourire; Dans un mois, dans un an; Aimez-vous Brahms? Sont sans doute ses plus beaux. J’ai également beaucoup apprécié Le garde du cœur, qui prend pour théâtre le milieu du cinéma américain. Ce qui est particulièrement délicieux dans Des bleus à l’âme, c’est les apparitions-surprises de l’écrivaine à ses lecteurs. Sagan s’y représente comme tel, avec ses vices, y compris son amour pour les boîtes de nuit, le whisky, et conduire sa Ferrari pieds nus en revenant d’un après-midi passé à la mer…

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