Pour la semaine qui vient de se terminer en ce dimanche gris
à Montréal, j’ai réussi à clore quelques-unes de mes lectures dites « secrètes » :
Un certain sourire de Françoise Sagan, L’asphyxie de Violette Leduc et Chambre
d’hôtel, un recueil de deux nouvelles de Colette que j’ai tout simplement
adoré. J’étais heureuse de pouvoir compléter ces lectures. Mon meilleur truc de
lecture, c’est de toujours avoir un livre avec moi, que je laisse dans mon sac
à mains, peu importe où je vais, l’ouvrage ne me lâche pas. Ainsi, j’arrive à
avancer à bons pas dans mes projets de lecture. Cela fait réellement une
différence que de lire en mes temps de pauses et heures de lunch au travail.
Quotidiennement, j’arrive à lire au minimum près de 2 heures par jour, sans
compter mon temps de lecture au lit, tout juste avant de m’endormir le soir.
Présentement, ma lecture du moment est L’affamée, de Violette Leduc. Cette
lecture est un vrai régal. J’adore le style enflammé de ce roman de Violette
Leduc, que j’imagine sans mal être autobiographique. J’avais également
entrepris la lecture de La vieille fille et le mort (Gallimard, 1958), mais
après quelques pages, je n’étais pas emballée, alors j’ai décidé de ne pas
poursuivre plus longuement la lecture de ce petit roman (97 pages). J’ai eu
exactement le même problème avec le roman Entre la vie et la mort (Gallimard,
1968), de Nathalie Sarraute, qui n’a pas su éveiller mon intérêt.
Il y a quelques semaines déjà, vu un film sur ICI ARTV j’ai
visionné un film sur la vie de Violette Leduc, c’est ce qui m’a fait retourner
à ses livres. Emmanuelle Devos est sensationnelle dans le rôle de Leduc.
Sandrine Kiberlain offre une très belle performance dans le rôle de Simone de
Beauvoir, très touchante. Dans ce film sur la vie de Violette Leduc, Violette
du réalisateur Martin Provost, l’interprétation qui m’a le plus plu est celle
de Jacques Bonnaffé, dans le rôle de Jean Genet. On y découvre un Jean Genet
sympathique, doté d’une très grande humanité. Jacques Bonnaffé est plus que
parfait. Il était né pour incarner ce rôle. J’ai vraiment eu l’impression
d’entrer en contact avec le véritable Jean Genet. Par la même occasion, j’ai eu
envie de relire Jean Genet, et bien sûr, d’en connaître davantage sur le
fabuleux acteur l’ayant incarné avec tant de grâce. Le charisme de Bonnaffé au
grand écran a su opérer. Quelque part, je me demande si ce n’est pas plutôt la
personne de Jacques Bonnaffé dont je serai « secrètement » éprise… Je suis une
grande sentimentale, avec moi, tout est possible, absolument rien n’est
impossible.
Comme à peu près tout lecteur qui se respecte, j’ai lu, mais
il y a déjà longtemps, La bâtarde de Violette Leduc. Par contre, je n’avais
jamais vraiment lu, me semble-t-il, ses autres œuvres. L’asphyxie relate de
l’enfance, trop souvent malheureuse, de Violette Leduc. Violette Leduc avait
(comme moi) Simone de Beauvoir en adoration complète et totale. Simone de
Beauvoir poussa Violette Leduc à l’écriture. Dans ce très beau film sur la vie
de l’auteure de La bâtarde, on constate assez vite que Leduc était une personne
difficile, qu’elle souffrait énormément du manque de reconnaissance à ses
débuts littéraires, et surtout, que le fait d’être née « bâtarde », sans
identité paternelle, semble avoir conditionné toute sa vie, comme une
complainte. Or, le succès littéraire arriva et grâce à lui, Violette Leduc eut
finalement le dessus sur cette enfance malheureuse.
Pour ma part, j’ai quelques jours de vacances qui approchent
très bientôt, et je veux en profiter pour relire une œuvre magistrale, vous
devrez sortir vos mouchoirs pour en arriver à bout, je vous le dis : Pélagie-la-Charrette
d’Antonine Maillet. Je l’ai déjà expliqué dans un précédent billet, le choix de
Pélagie-la-Charrette comme lecture de vacances n’est pas anodin, car c’est à
l’automne de l’année 1979 que Pélagie-la-Charrette remporta le très
prestigieux prix Goncourt, sous la présidence d’Hervé Bazin. Donc en cette
année 2019, nous célébrons le 40e anniversaire de l’obtention du prix
Goncourt par Antonine Maillet. En plus d’avoir obtenu le prix Goncourt,
Antonine Maillet fut la première lauréate hors Europe à remporter l’ultime
récompense. J’ai très hâte de me replonger dans Pélagie-la-Charrette.
Quant à Un certain sourire, je n’avais pas prévu me
replonger dans les œuvres de Françoise Sagan de sitôt. Or, suite à l’annonce de
la parution récente de son roman posthume, Les quatre coins du cœur, je me suis
dit, quelle bonne idée, relisons Françoise Sagan! J’ai été particulièrement
touché par toute l’histoire entourant l’édition de ce roman posthume de Sagan,
de l’heureuse trouvaille faite par son fils de ce manuscrit, dont les lettres
commençaient doucement à s’effacer sous des tonnes de papiers… C’est connu, la
fin de vie de Françoise Sagan en fut une difficile, elle était aux prises avec
des problèmes financiers, doublés de problèmes de santé dus à une dépendance à
des médicaments. J’aime beaucoup Françoise Sagan. Je vous recommande fortement
la lecture d’Un certain sourire, le deuxième roman de Sagan, après Bonjour
tristesse. On y retrouve certaines allusions à l’existentialisme, à cette
fameuse nausée, en plus d’une illusion au grand Jean-Paul Sartre, dont
Françoise Sagan était l’amie.
Allez, je vous gâte un peu avec l’extrait en
question :
« Je me retrouvai dans les Champs-Élysées avec sur les
lèvres le goût d’une bouche étrangère et décidai de rentrer pour lire un
nouveau roman.
C’était un très beau livre de Sartre, L’Âge de raison. Je
m’y jetai avec bonheur. J’étais jeune, un homme me plaisait, un autre m’aimait.
J’avais à résoudre un de ces stupides petits conflits de jeune fille; je
prenais de l’importance. » (Françoise Sagan, Un certain sourire, Julliard,
Paris, 1956, p. 40).
Ce beau roman, Françoise Sagan le dédit à Florence Malraux.
La fille d’André Malraux était amie avec Sagan.
La nausée existentielle, qu’on connaît de Sartre, il l’a peut-être même inventée, est bien
présente dans Un certain sourire :
« Et je me soulevais sur le coude pour l’embrasser. Mais en
me penchant sur lui je fuis envahie d’une sorte de nausée, de la conviction
irrémédiable que ce visage, cet homme, c’était la seule chose pour moi. »
(Françoise Sagan, Un certain sourire, Julliard, Paris, 1956, p. 127).
De même que l’existentialisme tout court :
« Vous avez le temps de quoi? dis-je?
De rien. Ni le temps, ni la force, ni l’envie. Si j’avais
été capable de quoi que ce soit, je t’aurais aimée.
Qu’est-ce que ça aurait changé? » (Françoise Sagan, Un
certain sourire, Julliard, Paris, 1956, p. 129).
Comment peut-on ne pas aimer Françoise Sagan? Tout ce
qu’elle écrit est absolument sublime, pas compliqué. On peut facilement s’y
attacher.
« Je n’avais jamais tant aimé un visage. J’aimais même ses
joues, alors que les joues m’avaient toujours paru une partie sans chair,
l’aspect « poisson » du visage. À présent je comprenais Proust
parlant longuement des joues d’Albertine, lorsque j’appuyais mon visage contre
celles de Luc, fraîches et un peu rêches de la barbe qui y renaissait. Il me
faisait aussi découvrir mon corps, m’en parlait avec intérêt, sans indécence,
comme d’une chose précieuse. » (Françoise Sagan, Un certain sourire, Julliard,
Paris, 1956, p. 90).
Je ne pourrai terminer que sur meilleure note mon compte
rendu de lecture. Je reviendrai avec un nouveau billet pour le Chambre d’hôtel
de Colette, car j’ai trop à dire.
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