En cette soirée du mercredi 9 octobre,
la Grande Bibliothèque de Montréal accueillait à bras ouverts une de ses
concitoyennes d’exception, l’écrivaine Kim Thúy. Il y avait foule. Pour ma
part, afin d’assister à l’événement, j’avais quitté mon lieu de travail à 17
heures pile, en prenant soin d’emporter avec moi les trois ouvrages de Kim Thúy
dont j’avais fait l’achat la journée même à l’Indigo de la rue
Sainte-Catherine : Ru, Mãn et Vi. Je vous réserve d’ailleurs une belle surprise. Afin de la
découvrir, il faudra lire ce billet dans son intégralité!
Je pense que le Québec tout entier
connaît Kim Thúy. Personnellement, je connais Kim Thúy plus à titre de
personnalité publique qu’en tant qu’auteure. Il faut vivre bien caché sous une
roche pour ne pas la connaître. Bien que le français ne soit pas sa langue
maternelle, Thúy s’exprime avec aisance. Elle est drôle, attachante, gentille.
On pourrait aisément l’écouter parler pendant des heures sans se fatiguer.
Aller à la rencontre de Kim Thúy, c’est aller à la rencontre d’une écrivaine
débordante de vitalité. Elle dégage une énergie communicatrice qui en fait une
oratrice hors pair.
Comme à peu près tout le monde au
Québec, je connaissais Kim Thúy, c’est-à-dire que je connaissais déjà son
histoire, ses origines, les circonstances de sa venue au Canada, etc. J’ai
également vu par le passé un très beau reportage portant sur son retour au
Vietnam. Kim Thúy est Montréalaise d’adoption. La figure publique m’est donc
familière, mais je ne connais pas Kim Thúy en tant qu’écrivaine. Je n’ai jamais
lu ses œuvres, et ce, bien qu’elle soit une grande vedette de l’édition.
Personnellement, j’ai dû mal à lire ces auteurs qui sont lus par monsieur et
madame tout le monde. Les phénomènes littéraires du moment m’excitent et me
tentent peu. Par exemple, je n’ai jamais lu les Alexandre Jardin, Frédéric
Beigbeder, Éric-Emmanuel Schmitt, et encore moins les Virginie Despentes de ce
monde. Pour moi, l’essence même de la littérature française ne se retrouve pas
dans cette littérature dite populaire. J’aurais l’impression de perdre mon
temps en lisant ces ouvrages. Or, je vais déroger à ma règle en ce qui concerne
Kim Thúy, car il serait dommage, après avoir vécu cette rencontre d’exception,
que de m’en tenir uniquement qu’à la personnalité publique.
Lors de cette soirée, Jean-Louis Roy,
le président-directeur général de Bibliothèque et Archives nationales du
Québec, a présenté Kim Thúy comme étant un être humain exceptionnel qui a eu
plusieurs vies, de son départ du Vietnam parmi les « boat people »,
sa vie de réfugiée en Malaisie avec sa famille, jusqu’à son arrivée au Canada,
à l’âge de 10 ans. Elle apprit à parler français à Granby, ville qu’elle
qualifie de paradis terrestre. Plus tard, Kim Thúy fréquenta l’Université de
Montréal, où elle suivra un
double cursus en traduction et en droit. Elle devint avocate. Dans le cadre de
ses activités professionnelles, un mandat lui fut assigné à Saigon, au Vietnam,
ce qui lui permit de renouer avec ses origines. Et ce fut là le début de tout,
c’est ce qui amena doucement Kim Thúy à l’écriture. Avant de devenir écrivaine,
Thúy fit fait une incursion dans l’univers de la restauration. Son
établissement avait la cote auprès des critiques et du grand public, mais ses
activités n’étaient pas rentables. Il semblerait que l’écrivaine ait toujours
des dettes en lien avec son passé de restauratrice.
On ressent fortement la puissance
artistique et Kim Thúy. Volubile et boute-en-train, lorsqu’elle s’exprime et
s’adresse à nous, elle se donne toute entière. Son auditoire à accès à toute sa
personne. Son esprit est libre, brillant. Lors de cette rencontre, Kim Thúy
s’est livrée à nous en toute transparence. C’est quelque chose qui me plaît
beaucoup chez elle, son authenticité. Ce que je recherche habituellement en
lisant un livre, c’est l’accès exclusif à des fibres de vie de l’auteur. Je
veux entrer en contact à leur vérité. Sans l’avoir encore lu, je crois que
l’œuvre de Kim Thúy devrait être assez puissante pour m’exposer à sa vérité.
Elle devrait me plaire. Lors de cette rencontre, Kim Thúy avait beaucoup à nous
dire et à partager. Le public présent à l’auditorium de la Grande Bibliothèque
de Montréal était invité à lui poser ses questions. Nous avons eu droit à une
foule d’anecdotes aussi intéressantes les unes que les autres, dont l’histoire
de sa fameuse gaine.
Kim Thúy est une humoriste dans l’âme.
Impossible de ne pas rire de bon cœur en écoutant ses histoires
abracadabrantes. Finaliste au très prestigieux prix Giller, Kim Thúy devait se rendre à Toronto en avion, mais en
raison du mauvais temps, elle dut se résoudre à prendre le train. Étant à la
dernière minute, un ami couturier lui prêta une robe qui s’ajustait mal à sa
petite taille. Il lui était pratiquement impossible de fermer la fermeture
éclair de sa robe. En dernier recours, elle fit l’achat d’une gaine, qu’elle
enfila à l’envers et eu pour effet de lui créer un gros ventre… Elle peina à
attacher sa robe et eut son moment « wardrobe malfunction » en direct
à la télévision…
Mis à part son côté bouffon, Kim Thúy
est dotée d’une sensibilité d’artiste et est capable de sérieux. À une jeune
personne lui demandant si l’indignation était un moteur à son écriture, Kim a
donné une réponse très intéressante, en disant qu’elle s’indigne souvent, et
que l’avantage d’être Vietnamien, c’est que ce peuple est plus vicieux,
sournois. Les Vietnamiens s’indignent, mais personne ne sait lorsqu’ils
s’indignent, mais lorsque cela arrive… Plus sérieusement, l’écrivaine est d’avis
qu’il faut s’indigner, mais qu’il y a plusieurs façons de s’indigner. Il y a
plusieurs véhiculent, il n’y en a pas de bons ou de mauvais. Le véhicule
d’indignation qui est le plus confortable pour Kim Thúy, de même que le plus
efficace selon elle, c’est la beauté.
Ok Mme Thúy, vous m’avez perdu pendant
quelques secondes! Poursuivons...
La beauté est le meilleur véhicule pour tout, pour
s’indigner, pour se fâcher. Pour illustrer ses dires, l’écrivaine nous a
présenté deux exemples, dont celui de la guerre du Vietnam. La guerre du
Vietnam fut la première guerre visuelle. Il y avait beaucoup de photos. Les
images arrivaient dans la télé, presque en direct. Il y a une photo qui est
célèbre et qui a fait changer la vision de la guerre du Vietnam à travers le
monde entier. C’est celle de la petite fille qui courait au milieu de tout. Et
pourquoi? Parce que cette photo était parfaite, elle était parfaitement cadrée.
La petite fille était presque en symétrie, et elle était la seule à être
complètement dénudée. Donc la première vision que l’on a, on ne sait pas encore
exactement de quoi il est question. On constate seulement qu’il s’agit d’une
très belle photo. Et parce que nous avons été attirés par la beauté de la
chose, nous sommes entrés dans la photo, et là, on voit le contenu, mais c’est
trop tard. On ne peut plus reculer, on est déjà dedans. Il est trop tard.
Plus récemment, avec l’immigrant syrien,
la photo qui a fait basculer, si on veut, c’est le petit Aylan sur la plage,
avec ce t-shirt rouge, cet enfant qui semblait dormir sur la plage. On regarde
et on se dit, mais c’est une belle photo. D’abord et avant tout, c’est une
belle photo. Et là, oups, on a réalisé c’était quoi… Le lendemain, il y avait
d’autres photos, avec un cadrage beaucoup plus large où
on voyait la garde côtière, les bateaux et tout cela, mais on ne s’en souvient
pas, parce que ces photos étaient moins belles. Selon Kim Thúy, la beauté
réussit à véhiculer tous les messages, et ce, parce que nous avons tous vécu la
beauté, à un moment ou à un autre, que ce soit une fleur, une gorgée d’eau, ou
peu importe, mais nous avons tous vécu la beauté. Dans ce cas-là, nous pouvons
être touchés, nous pouvons être interpellés. Nous n’avons pas tous la chance de
vivre l’horreur.
Kim Thúy avait donc de très belles
choses à nous dire. Ses propos, comme vous pouvez en déduire, étaient très
intelligents. Il s’en dégageait une belle fraîcheur qui avait dont de captiver
son public, dont moi-même. Ce fut donc une soirée fort animée. La rencontre se
clôtura avec une séance de signatures. J’offre à mes lecteurs la chance de
gagner un exemplaire autographié par Kim Thúy elle-même de Ru, son tout premier roman. Lors de la signature, je lui ai confié
que je ne l’avais jamais lu. Elle m’a conseillé de commencer par Ru. Pour Ru, comme je le fais tirer au sort, je ne lui ai pas demandé de
dédicace, je lui ai dit qu’il allait être offert en cadeau… Quant à mes
exemplaires de Mãn et Vi, je lui ai demandé une dédicace à mon
nom. Ce quoi elle a répondu que si je ne les aimais pas, qu’elle avait entendu
dire que ses livres brûlaient bien dans des feux de foyer. J’ai essayé de la
rassurer en lui disant que ses livres allaient sûrement me plaire. Évidemment,
les fous rires étaient au rendez-vous.
La voici à l’œuvre :
Le prochain grand rendez-vous
littéraire à la Grande Bibliothèque de Montréal aura lieu avec Michel Marc
Bouchard en novembre prochain, c’est à ne pas manquer.
Afin de courir la chance de gagner cet exemplaire
autographiée par Kim Thúy de Ru, c’est très simple.
Il suffit de me suivre sur Facebook ici. Le tirage aura lieu le 2 novembre.
Bonne chance :-)
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